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La Promesse de l'aube au théâtre

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Créée le 11 octobre 2011 à la Maison de la Culture de Bourges, l'adaptation du roman de Romain Gary par Bruno Abraham-Kremer sera en tournée dans toute la France et en Suisse jusqu'en mai 2012. Découvrez l'interview de cet homme de théâtre qui, non content de signer l'adaptation avec Corine Juresco, est également le producteur, le metteur en scène et l'interprète de cette pièce.

L'interview de Bruno Abraham-Kremer

 

Les dates de la tournée

 

La Promesse de l'aube dans la collection Folio

L'interview de Bruno Abraham-Kremer

La Promesse de l’aube est un texte très intime qui permet d’accéder à la conscience d’un homme. Comment peut-on représenter sur scène la puissance des souvenirs ?

Bruno Abraham-Kremer

 

C’est une question importante pour moi. Ma compagnie s’appelle Le Théâtre de l’invisible, nom donné en référence à une citation de Peter Brook qui disait que faire du théâtre, c’est tenter de rendre visible l’invisible. C’est ce que je n’ai cessé de faire à travers tous mes spectacles. L’un des intérêts majeurs d’adapter La Promesse de l’aube est justement que le théâtre permet de pénétrer dans l’intimité, non seulement de Romain Gary mais aussi et surtout de sa mère, ainsi que des personnages secondaires.

Mais est-il possible pour autant d’adapter ce texte ? Je me suis évidemment posé la question. Pour y répondre, il m’a suffit d’ouvrir le livre au milieu, au hasard, et de commencer à le lire. En cinq pages de lecture, c’est devenu évident. Il s’agissait bien d’une parole qui pouvait exister au théâtre. Un des fils conducteurs de l’adaptation fut alors de jouer ce texte seul. Car c’est l’histoire d’un homme seul, du début à la fin. Sans compter une autre évidence : celle que les autres personnages du roman n’existent en fait qu’à travers lui.

Quelles autres difficultés avez-vous rencontrées pour adapter le récit de Romain Gary en texte théâtral ?

J’ai refusé qu’un seul mot de l’adaptation ne figure pas dans le livre. C’était en quelque sorte un garde-fou, qui m’obligeait à tenir un cap et à trouver des solutions théâtrales.

L’autre question fut celle de l’adaptation de la temporalité. Dans la première partie de La Promesse de l’aube, Romain Gary se joue de la construction chronologique. Tout y est déconstruit dans le temps. Puis ensuite le récit se cale et entre dans une chronologie normale. Longtemps, Corine Juresco - ma coadaptatrice - et moi, nous nous sommes demandé comment faire surgir la mémoire. Romain Gary répond à cette question, car il place son personnage exactement dans les conditions où la mémoire peut surgir. Il est seul, sur la plage de Big Sur. Le chemin de la mémoire, c’est la voix de sa mère. Et en faisant parler sa mère, il tire peu à peu les fils de sa mémoire.

Il a aussi fallu faire en sorte que la durée du spectacle n’excède pas 1h45 et que les parties relevant du récit et celles écrites comme de véritables scènes dialoguent bien. Puis nous nous sommes demandé également comment incarner la mère dans l’adaptation même. Fallait-il la rendre présente par moments ? Ce n’était pas possible, car dans La Promesse de l’aube, elle n’est plus là, elle parle à travers lui. Mais en même temps, il fallait qu’il y ait un rapport concret entre le personnage de Romain Gary et celui de sa mère. Nous avons décidé de l’incarner dans la musique et plus particulièrement dans un instrument qu’elle aimait beaucoup, la clarinette basse.

Enfin, il nous a fallu trouver l’espace pour raconter cette histoire. Avec le scénographe Philippe Marioge, avec lequel je travaille depuis une vingtaine d’années, nous y avons réfléchi dès le début de l’adaptation. Pour lui, une scénographie doit être à la fois obligée et obligeante. Obligée, car c’est comme si l’espace s’imposait, compte-tenu du sens que le metteur en scène a proposé. Mais obligeante aussi, car elle doit être là pour rappeler au metteur en scène sa promesse.

Un espace s’est imposé, en forme de cirque, a priori vide mais on y découvre progressivement un amoncellement d’enceintes, qui se révéleront être fausses pour certaines. Des voix vont sortir peu à peu de ces enceintes et notamment celle de la mère de Romain Gary, incarnée par la clarinette basse. Au centre de ce cirque, nous avons trouvé l’idée d’un piédestal, sorte de tabouret d’éléphant dans un cirque, endroit sur lequel le personnage doit tenter de se hisser en permanence, conformément au vœu de sa mère. Un endroit on ne peut plus inconfortable. Mais c’est cela se hisser à hauteur d’homme…

Une autre partie de la scénographie dialogue avec celle-ci : il s’agit d’un petit théâtre très sobre, le théâtre imaginaire de sa mère, où elle peut rêver de jouer et avoir la carrière dont elle rêvait.

Vous avez adapté le récit, vous êtes également le metteur en scène, l’acteur et le producteur de la pièce. Pourquoi ? Avez-vous endossé quatre rôles bien distincts au cours de ces étapes ou, au contraire, avez-vous perçu une continuité entre ces différentes fonctions ?

Je suis acteur avant tout et chaque autre rôle passe par ce prisme. En outre, j’ai un trajet personnel très particulier dans cette profession, qui fait que j’ai envie de raconter certaines choses. J’aime passionnément la liberté de Romain Gary. Ma famille vient de Vilna, comme la sienne. Son itinéraire est celui que ma famille a suivi. Nous avons reçu la même éducation. Son rapport à l’écriture me renvoie à mon rapport au théâtre et à mon choix d’être artiste. J’avais donc besoin de pouvoir choisir moi-même l’ensemble des ingrédients de cette pièce. C’était trop intime pour que je confie quoi que ce soit à quelqu’un d’autre.

Mais j’ai aussi longtemps redouté d’adapter ce texte, de peur de le trahir. Jusqu’au jour où, en relisant le début à voix haute, un déclic s’est produit. Il m’est alors apparu évident que cette parole pouvait s’incarner et que c’était à moi de le faire. Le projet s’est alors très vite mis en place.

En outre, il y avait un intérêt à adapter ce texte. L’intégration est l’un des thèmes majeurs de la vie politique actuelle. Or que raconte La Promesse de l’aube, si ce n’est ce qu’est être un fils d’immigré et devenir Français ? C’est un roman qui parle de courage, de celui de sa mère mais aussi du sien, celui d’un individu qui essaie de se hisser à hauteur d’homme.

En 2006, un metteur en scène québécois, André Mélançon, a adapté La Promesse de l’aube en faisant intervenir trois personnages sur scène, incarnant Romain Gary à trois âges différents. Quels avantages représentent pour vous le choix d’un personnage unique ?

J’ai choisi de le jouer comme c’était écrit. Il est question d’un homme qui a le même âge tout au long du roman et qui se souvient. Le propos ne pouvait donc pas être de montrer un petit garçon de 8 ans puis un autre de 14 ans et enfin un monsieur. C’est de la distance entre l’âge du narrateur et l’âge de l’enfant dont il se souvient que naissent l’émotion et l’humour. C’était pour moi le chemin à suivre pour l’adaptation et la mise en scène.

Vous dites de Romain Gary qu’il est « comme un frère d’arme ». Peut-on parler d’une fusion avec le personnage que vous incarnez ?

Je ne parlerais pas de fusion mais de fraternité. Dans ma vie, il y a des œuvres et des écrivains qui m’ont aidé et Romain Gary en fait partie. Il y a chez lui un amour de la vie et une honnêteté fondamentale qui me bouleversent et forcent mon admiration.

Vous parlez de l’importance du rire et des larmes au théâtre. Comment le récit de Romain Gary suscite-t-il ces différentes émotions ?

Romain Gary est porteur de l’humour juif qu’on retrouve chez Groucho Marx et Charlie Chaplin. Plus les événements sont dramatiques, plus il trouve une façon bien à lui de faire surgir le rire. C’est l’humour du désespoir.

Pour conclure, dans quelle mesure votre adaptation peut-elle aider des collégiens et des lycéens à mieux comprendre La Promesse de l’aube en particulier et l’œuvre de Romain Gary en général ?

Sans doute par le choix de base, qui est l’incarnation de tous les personnages par un seul comédien, car tous sont Romain Gary. L’écrivain est dans tous ses personnages et il le dit ! Quand il évoque M. Zaramba par exemple, il a l’impression que celui-ci lui ressemble. Quand il dit que des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, il n’a jamais omis de mentionner M. Piekielny, il parle de lui, du monde d’où il vient et qui a été englouti. C’est pour cela que j’ai voulu raconter ce livre de Romain Gary et pas un autre.

Propos recueillis par Valérie Pabst

Les dates de la tournée

Au Théâtre du Petit Saint Martin à Paris à partir du 12 janvier 2012.

À Vevey (Suisse) le 15 mai 2012.

La Promesse de l'aube dans la collection Folio

   

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Crédit photo : Pascal Gély