Accueil > Espace auteurs > Interviews > Claire Lempereur et Nathalie Marjanian

Claire Lempereur et Nathalie Marjanian

Le spectacle vivant

Découvrez toutes les réponses de Claire Lempereur et Nathalie Marjanian, auteurs de l'ouvrage «Le spectacle vivant» (collection Tothème) !



L'interview

Est-ce un livre historique, technique ou bien un support d'étude pour la partie théâtre du cours de français ? Est-il destiné aux élèves du collège ou du lycée ? (Isabelle F., Ronchin)
Chaque année, à Annonay, un spectacle vivant se déroule grâce à l'initiative de l'Apsoar (Association de Préfiguration du Secteur ouvert des Arts de la Rue). J'aimerais travailler avec mes élèves pour les investir dans cette démarche culturelle. Pour cela, il me faut des outils. Votre livre peut-il m’aider ? (Augusto Fausto, Saint Jeure d’Ay)

Ce livre est plutôt à considérer comme un livre historique. On y retrace l’histoire des différents genres du spectacle vivant : théâtre, danse, mime, cirque, marionnettes, arts de la rue… Le contenu est bien entendu loin d’être exhaustif : nous ne pouvions en 60 points retracer toute l’histoire du spectacle vivant. Nous avons choisi à la fois de mettre en valeur des thèmes transversaux aux différents genres et de suivre un déroulé chronologique depuis les origines lointaines du spectacle vivant dans le culte de Dionysos jusqu’à nos jours.

Il ne s’agit pas d’un ouvrage pratique, sorte de méthode à destination des apprentis danseurs ou comédiens (exercices de diction, d’expression corporelle), ni d’un ouvrage qui donnerait des conseils pour monter un spectacle avec ses élèves. Il s’agit vraiment de définir de façon vivante ce qu’est le spectacle vivant : présenter les genres, pointer des spectacles qui ont fait date, raconter le parcours d’artistes marquants, ouvrir aussi aux techniques du spectacle vivant mais toujours sous un angle historique : qu’est-ce qu’un décor ? Comment un acteur travaille-t-il sa voix ? Comme éclaire-t-on une salle de théâtre hier et aujourd’hui ? Il est question également de faire découvrir de grands personnages, des œuvres novatrices, mais aussi de présenter des grands lieux du spectacle avec des comparaisons possibles : par exemple la rue actuelle et la rue comme espace du spectacle au Moyen Age.



Quelles sont les différentes formes artistiques du spectacle vivant ? Êtes-vous spécialistes de l’un d’entre eux ? Quelle est votre œuvre préférée ? Pourquoi ? (Marie-Odile K., Saint Maur des Fossés)

Les différentes formes artistiques du spectacle vivant qui sont généralement retenues sont le théâtre, le cirque, les marionnettes, l’opéra, la danse, le mime et les arts de la rue. Il faut une confrontation entre deux regards, celui d’un artiste et celui d’un spectateur, pour qu’il y ait spectacle vivant.

Nous sommes plus spécialisées dans le domaine du théâtre. Une des œuvres que citerait l’une des auteurs est Une maison de poupée d’Ibsen, qui offre un des plus beaux rôles féminins du théâtre contemporain et une belle leçon de féminisme. L’autre auteur insisterait sur le théâtre de Spiro Scimone, dramaturge qui travaille à la fois sur la quotidienneté, son âpreté, mais fait évoluer ses personnages avec beaucoup de douceur.


Le spectacle vivant ne peut-il pas être aussi dans la salle avec les spectateurs, en les faisant participer, comme l'a fait Robert Hossein avec certains de ses spectacles ? (Cécile D., Lunéville)

Oui, il peut et même doit l’être d’une certaine façon. Le spectateur fait partie intégrante du spectacle. Sans lui, il n’y a pas de rassemblement, donc pas de spectacle. Les spectateurs sont toujours convoqués, même indirectement, car ils participent au succès ou non d’une pièce, et ce peut-être encore plus aux XVIIe et XVIIIe siècles, où le public pouvait défaire une pièce dès la première représentation !

Le spectateur peut être amené de plus en plus fréquemment à participer, de manière différente : par l’architecture de la salle (le spectateur se retrouvant dans une posture moins passive), lors de propositions de déambulation, par la mise en scène proposée (jouant des interactions public/comédiens), et plus directement encore lorsqu’il s’agit de spectacles interactifs. Les spectacles participatifs fonctionnent très bien pour la jeunesse : enfants amenés à monter sur scène, à répondre à des questions, à tenir des accessoires ... Mais cela peut aussi fonctionner avec les adultes (résoudre une enquête…) Les arts du cirque ou le théâtre peuvent le faire facilement, les marionnettes également. Cela est peut-être plus difficile pour la danse et encore davantage pour l’opéra.


L’histoire du spectacle vivant démontre un cloisonnement de chaque genre au départ. Aujourd’hui tout est permis, les genres se mélangent, les règles sont dissoutes. Pensez-vous qu’il soit important d’initier progressivement les élèves en démarrant par des classiques ? (Aurélie P., Nogent sur Oise)

Oui, il est important de débuter avec le théâtre classique : avec ses règles strictes, il est un «outil» essentiel, dans le sens où il permet de bien comprendre la construction d’un texte de théâtre et ainsi de s’initier à la dramaturgie, de découvrir des personnages importants pour la culture générale. On peut ensuite aller plus facilement vers des écritures contemporaines, qui peuvent parfois dérouter les jeunes (quotidien convoqué très souvent, répétitions voulues, phrases inachevées, parole qui se cherche …).

Quel type de spectacle vivant recommanderiez-vous à une classe de 5e ? Mais quel est aussi l’apport de chaque genre à des élèves de ce niveau ? Mon souci étant de susciter chez eux un intérêt non seulement pour l’œuvre, mais aussi pour les artistes qui en donnent leur interprétation. (Aurélie P., Nogent sur Oise)

Pour une classe de 5e, commencer par une pièce classique (un Molière) est tout à fait approprié. On peut envisager de travailler à la fois sur le texte mais aussi sur les différentes «interprétations» possibles en montrant aux élèves des extraits de captations de différentes mises en scène (par exemple une pièce classique, avec des costumes d’époque, puis une plus déjantée ou «moderne»)


Qu'est-ce qui vous a donné envie de transmettre vos connaissances universitaires à des jeunes ? Qu’est-ce qui est le plus difficile dans cette transmission ? (Marine B.-C., Luynes)

Nous avons déjà eu l’occasion de travailler avec des jeunes sur le théâtre à l’occasion de conférences ou d’ateliers. Les échanges sont toujours réussis : il y a une grande demande chez eux, une grande curiosité, une écoute attentive. Et puis, les jeunes sont le public de demain. Or, les arts du spectacle ne sont pas toujours très accessibles. Les jeunes préfèrent aller au cinéma que voir une pièce de théâtre ou un spectacle de danse, à la fois pour des raisons d’habitude, de prix (pas toujours justifiées), mais aussi de facilité (on peut aller au cinéma au dernier moment). Or les arts du spectacle sont un formidable outil pour partager des émotions, aborder des thématiques actuelles, éveiller une certaine créativité.
La difficulté n’était pas tant de s’adresser à des jeunes que la concision voulue par la maquette du livre.

Le spectacle vivant est au cœur de l’apprentissage du texte théâtral. Pourtant, il est difficile en zone sensible de mener un projet de mise en voix et en espace en classe entière. Quelles activités liées au spectacle proposeriez-vous pour une classe complète, dans le cadre du cours de français ? (Mathilde L., Soissons)


Différents exemples ont montré que cela était tout à fait possible. Il faut amener les élèves à participer dès le départ au projet théâtral. Faire une lecture à voix haute, à plusieurs voix, collectivement, peut être un premier pas, plutôt que de laisser chaque élève seul face au texte. Il faut ensuite essayer de les faire parler des personnages : donner le caractère de chacun, leur faire expliquer comment il évolue au cours de la pièce. Chacun peut imaginer la vie plus complète d’un personnage, son passé, ce qu’il aime, son parfum… Cet exercice peut être très ludique si les élèves se prennent au jeu.

On peut aussi les faire travailler sur certaines phrases en variant le ton : triste, content(e), timide, sûr(e) de lui d’(elle), indécis ... Ensuite, on peut travailler par petits groupes autour d’exercices d’improvisation en partant de la pièce. Cela permet de ne pas être tout de suite confronté à la mémorisation d’un texte, de s’imprégner de l’histoire, tout en laissant libre cours à l’imagination. Un travail d’écriture peut aussi en découler. L’expérience a déjà largement porté ses fruits.

En quoi le spectacle vivant, dans une pratique en classe, permettrait-il à des élèves en difficultés scolaires extrêmes (dyslexie, dyspraxie...) de prendre confiance en eux, de s’exprimer et de s’affirmer ensuite dans leur vie de tous les jours ? (Rebecca P., Dompierre les Ormes)

Le spectacle vivant peut être très enrichissant pour tous ces élèves. En effet, il faut leur faire prendre conscience que ce n’est pas eux quand ils sont sur scène. Ils sont quelqu’un d’autre, ils se mettent dans la peau d’un personnage, donc on ne les juge pas eux. Par le jeu et l’improvisation, on peut aborder beaucoup de thèmes qui les concernent, tout en les dédramatisant. Aller au bout d’un projet artistique est toujours valorisant et ne peut qu’aider dans la vie quotidienne par la suite.

Là encore, on peut choisir une pièce du répertoire ou bien préférer partir d’un travail d’écriture dans lequel ils pourraient se fonder sur certaines de leurs préoccupations quotidiennes, de leurs petites joies ou déceptions… pour ensuite enrichir le texte et lui donner une portée plus générale. Ce type d’expérience ne peut être qu’enrichissant pour tous.

Présentation du livre

En quoi Shakespeare, Molière, les frères Fratellini et le mime Marceau ont-ils marqué le spectacle vivant? Comment utilise-t-on la voix, le corps, l'éclairage et les costumes pour exprimer des émotions? Rire réfléchir, apprendre, critiquer, émerveiller : dans quels buts les hommes se mettent en scène?

À travers un parcours en 60 étapes, découvre les facettes du spectacle vivant (théâtre, danse, opéra, cirque...) de ses origines à nos jours, visite les scènes les plus prestigieuses, pars à la rencontre des artistes qui nous font vibrer.

En savoir plus sur l'ouvrage

En savoir plus sur la collection

Biographie des auteurs

Nathalie Marjanian est doctorante en histoire du théâtre et travaille comme collaboratrice à France Culture.
Claire Lempereur mène des recherches sur les dramaturgies contemporaines. Elle assure des conférences sur Molière et l'histoire du théâtre.