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Affiche Suite française

«Suite française», d'Irène Némirovsky (1re)

A l'occasion de la sortie du film Suite française, de Saul Dibb, sur les écrans français le 1er avril 2015, découvrez notre nouveau dossier pédagogique pour étudier le roman d'Irène Némirovsky en classe de Première, dans le cadre des programmes de français et d'histoire. Il comprend une biographie et des photos d'Irène Némirovsky, l'aventure du roman, écrit en 1942 et publié en 2004, ainsi que des activités accompagnées de corrigés.

Au sommaire : Biographie d'Irène Némirovsky - Suite française : l'aventure d'une œuvre - Activités en français - Activités en histoire

Biographie d'Irène Némirovsky : un destin tragique

Enfance et exil

Irène Némirovsky naît à Kiev le 11 février 1903, dans une famille juive aisée. Son père Leonid, d’origine modeste, est parvenu à bâtir une fortune dans les affaires, tandis que sa mère est issue d’un milieu favorisé. Aussi les grands-parents maternels d’Irène verront-ils d’un mauvais œil le mariage de leur fille.

Sa mère se montre vite distante et assume mal une maternité qu’elle perçoit comme une contrainte, mais Irène est choyée par sa gouvernante française. Le français, que la romancière emploie dès son plus jeune âge, occupe donc une place importante dans son cœur. De plus, la famille fait plusieurs voyages réguliers en France pour suivre la mode et soigner l’asthme d’Irène.

Les Némirovsky, qui appartiennent à un milieu social privilégié en Ukraine, ne sont pas directement affectés par les discriminations dont sont victimes les Juifs. Néanmoins, en ce début de XXe siècle, la situation politique de l’Empire russe est instable et la crainte des pogroms bien présente, une atmosphère angoissante que l’auteure dépeint dans son œuvre Les Chiens et les Loups (1940). En 1918, suite à la Révolution russe, Leonid veut mettre sa famille à l’abri.

Les Némirovsky prennent alors le chemin de l’exil. Ils partent tout d’abord en Finlande, puis rejoignent la Suède et enfin la France, en 1919. Une fois installée à Paris, la jeune femme reprend ses études et passe son baccalauréat puis s’inscrit en licence de lettres. L’auteure mène une vie mondaine assez remplie. Elle aime la danse, le jazz et les week-ends à la campagne. La famille séjourne régulièrement dans les stations balnéaires chic.

Les relations entre l’auteure et sa mère deviennent toutefois de plus en plus complexes. Irène Némirovsky rencontre alors Michel Epstein, un homme d’origine russe. Elle tombe immédiatement sous son charme et le couple se marie le 31 juillet 1926. Ensemble, ils ont deux filles, Denise et Élisabeth.

Premiers succès littéraires

David Golder est le premier grand succès littéraire d’Irène Némirovsky. En 1929, la jeune écrivaine envoie le manuscrit aux éditions Grasset sous le nom d’Epstein, sans préciser de prénom, et attend une réponse en poste restante. Lorsque Bernard Grasset lit le roman, il ressent un enthousiasme sans faille. Cette épopée fracassante de l’homme d’affaires David Golder est un succès, et les articles élogieux se succèdent dans la presse. On compare l’œuvre au Père Goriot de Balzac. Irène Némirovsky s’est fait une place dans le paysage littéraire français de l’époque.

En 1930, Grasset publie Le Bal, le deuxième roman de l’écrivaine russe. Il s’agit en fait d’une œuvre déjà éditée chez Fayard sous un pseudonyme. En septembre 1931, David Golder est adapté au cinéma. Au cours des années 1930, Irène Némirovsky publie plusieurs romans (Les Mouches d’automne, L’Affaire Courilof), ainsi que de nombreuses nouvelles. En 1935 paraît Le Vin de solitude. Ce livre retrace la haine de deux femmes d’origine russe, une mère et sa fille. On peut véritablement parler d’inspiration autobiographique pour ce roman. La complexité de la relation mère/fille est bien celle dont a tant souffert l’auteure. De plus, le milieu décrit correspond à celui qu’elle a connu dans sa jeunesse, celui des Russes originaires de Kiev qui arrivent à Paris. Irène Némirovsky publie également Deux, un récit sur la vie d’un couple parisien qui rompt avec les inspirations russes de ses autres œuvres. Le thème du mariage, de ses mensonges, de ses petites et grandes trahisons, trouve son public. À la veille de la guerre, Irène Némirovsky est donc désormais une écrivaine française reconnue.

La déportation

Michel et Irène demandent la nationalité française en novembre 1938. Toutefois, leur requête reste sans suite, malgré les nombreuses recommandations qui l’accompagnent. En fait, leur demande de naturalisation n’aboutira jamais. Au moment de la bataille de France (mai-juin 1940), le couple décide de quitter Paris et de s’installer à Issy-l’Évêque, un petit village du Morvan où leurs deux filles se trouvent chez une nourrice, Cécile Michaud.

Considérés comme des Juifs apatrides, bien que vivant en France depuis de nombreuses années, leur vie de famille devient de plus en plus difficile. Irène Némirovsky continue d’écrire et, après le renvoi de son mari de la Banque des pays du Nord, essaye de se faire publier afin de subvenir aux besoins de sa famille. En octobre 1940, le couple doit se faire recenser à la sous-préfecture d’Autun.

Puis la «liste Otto», éditée par les nazis, fait bientôt l’inventaire des auteurs interdits de publication, parmi lesquels figurent tous les auteurs juifs, même si le nom d’Irène Némirvosky n’y est pas mentionné. Des Juifs sont envoyés dans le camp de Pithiviers dès mai 1941. La crainte de l’arrestation est donc omniprésente. Irène Némirovsky cherche alors une personne de confiance. Elle s’adresse à Julie Dumot, qui avait travaillé pour son père, et lui confie non seulement la gestion de l’argent de la famille, afin de contourner toutes les mesures prises à l’encontre des Juifs, mais aussi ses filles, Denise et Élisabeth.

Le 13 juillet 1942, Irène Némirovsky est arrêtée à son domicile, puis envoyée au camp de transit de Pithiviers. Son mari entreprend alors toutes les démarches possibles pour tenter de faire libérer sa femme. Malgré tout, l’auteure part dans un convoi pour Auschwitz le 17 juillet. Elle arrive dans le camp de concentration deux jours plus tard. Elle y meurt du typhus le 19 août 1942. Le 9 octobre 1942, Michel Epstein est arrêté à son tour. Il est emmené au camp de Drancy, puis transféré à Auschwitz, où il est gazé.

Irene Nemirovsky et son chat, vers 1926

 

Irène Némirovsky et Michel Epstein

 

Irène Némirovsky, Michel Epstein, Denise et Elisabeth, Hendaye, 1939

Photographies d'Irène Némirovsky : Fonds Irène Némirovsky/IMEC

De gauche à droite : Irène Némirovsky avec son chat, vers 1926 ; Irène Némirovsky et Michel Epstein ; Irène Némirovsky et Michel Epstein, Denise et et Elisabeth, Hendaye, 1939.

Suite française, l'aventure d'une œuvre

À partir de mai 1940, Irène, son mari et ses filles sont installés à Issy-l’Évêque. C’est dans ce village que l’auteure rédige ses dernières œuvres. Elle envisage l’écriture d’un roman sur la guerre, l’élaboration d’une fresque de la France dans la tourmente de la défaite, avec la description de l’exode. Elle imagine le titre : Panique, puis Tempête.
Irène Némirovsky n’a pas pu observer la population sur les routes de France, car elle résidait alors déjà à Issy-l’Évêque. Elle s’appuiera donc sur différents témoignages. Elle assiste néanmoins aux arrivées successives à Issy de personnes épuisées, qui racontent leur calvaire. L’auteure commence à imaginer les différents personnages qui vont composer son roman et représenter diverses classes sociales. En outre, Irène Némirovsky conçoit son œuvre en plusieurs tomes : «Tempête en juin», «Dolce», puis «Captivité». Seuls les premiers tomes pourront être rédigés avant son arrestation. C’est au début de l’année 1942 qu’elle travaille ce texte et le pense comme une «suite», référence à Jean-Sébastien Bach. «Batailles» et «La Paix» en seraient les deux dernières parties.

Le manuscrit de Suite française est confié à Denise et Élisabeth par Michel Epstein, avant son arrestation. Il leur transmet une malle précieuse, dont les deux petites filles ne doivent pas se séparer. Denise, la fille aînée de l’écrivaine, décidera des années plus tard seulement de transcrire minutieusement le manuscrit de sa mère. Irène Némirovsky avait rédigé son œuvre d’une fine écriture ramassée pour économiser le papier si difficile à se procurer. L’œuvre voit le jour en 2004. La même année, elle est récompensée par l’obtention du prix Renaudot, puis bientôt traduite dans le monde entier.

Bibliographie

La Vie d’Irène Némirovsky, de Patrick Lienhardt et Olivier Philipponnat (Grasset/Denoël, décembre 2007)
Irène Némirovsky, de Jonathan Weiss (Éditions du Félin, mars 2005)
Irène Némirovsky, un destin en images, sous la direction d’Olivier Corpet (Denoël, septembre 2010)

Les éditions de Suite française en poche (Folio)

Suite française

 

Suite française

     

Folioplus classiques n° 149

 

Folio n° 4346
(nouvelle édition à paraître le 12 mars 2015)

À découvrir également

Suite française, d’Emmanuel Moynot et Irène Némirovsky (Denoël, janvier 2015), une version graphique du roman.

Activités en français

→ Support : Suite française, d’Irène Némirovsky (édition Folioplus classiques n° 149)

A. L'héroïsme naissant

Objet d’étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours

Dominante : Lecture analytique

Support : première partie, «Tempête en juin», chapitre 16, p. 105 à 107, à partir de «Toutes criaient à la fois…» jusqu’à «…que celle du Christ».

«Tempête en juin» décrit un pays en plein chaos. Dans cette première partie, l’auteur dépeint une population accablée par une défaite qui lui semblait improbable. Les Français se retrouvent alors sur les routes qui les éloignent le plus possible de l’ennemi. Nous suivons ainsi le parcours de la famille Péricand, qui a quitté son confortable appartement parisien pour rejoindre le sud de la France. Hubert, l’un des fils de la famille, ne peut accepter la déroute de sa nation. Exalté par un héroïsme plein de naïveté, le jeune homme veut partir vers les zones de combats.

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B. Deux femmes opposées

Objet d’étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours

Dominante : Lecture analytique

Objectifs :

  • Analyser le portrait de l’héroïne
  • Comprendre sa relation avec sa belle-mère

Support : première partie, «Tempête en juin», p. 273 et 274, de «Lucile était une blonde jeune femme» à «les deux femmes attendaient.»

L’extrait étudié est situé au début de la deuxième partie intitulée « Dolce ». Nous découvrons la famille Angellier, qui se prépare à l’arrivée des soldats allemands. Lucile et sa belle-mère ont dissimulé tout ce qu’elles pouvaient et attendent à présent la suite des événements. Le narrateur introduit ainsi le portrait de la jeune femme et la description de ses relations compliquées avec Mme Angellier, une belle-mère dure et revêche.

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C. Un homme en quête d'un idéal

Objet d’étude : Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours

Dominante : Lecture analytique

Objectifs :

  • Étudier le portrait du soldat allemand
  • Analyser la dimension que prend le personnage dans ce récit

Support : deuxième partie, «Dolce», p. 435 à 437, de «Bruno s’abandonnait » à «moi qui vis encore.»

Nous nous intéressons au personnage de Bruno Von Falk dans cet extrait situé à la fin du récit. Le jeune homme se laisse emporter par une rêverie, à l’aube de la fête prévue dans le parc de Montmort. Il s’interroge alors sur le sens de son existence, des événements qui l’entourent, et sur sa relation avec Lucile.

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Activités en histoire : La bataille de France (mai-juin 1940)

→ Support : Suite française, d’Irène Némirovsky (édition Folioplus classiques n° 149), première partie, «Tempête en juin», p.

Le 10 mai 1940 marque la fin de la « drôle de guerre », qui a duré huit mois. À partir de cette date, l’Allemagne prend l’initiative militaire et lance la bataille de France. Celle-ci désigne l’invasion par le Reich des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France. En attaquant massivement la France par les Ardennes, la Luftwaffe prend par surprise l’armée française, qui percevait le massif comme une ligne de défense naturelle. La stratégie allemande du Blitzkrieg (« guerre éclair ») s’appuie sur l’emploi simultané des forces terrestres avec les chars (Panzers) et des forces aériennes. Malgré la résistance de l’armée française, la bataille s’achève le 22 juin par la défaite française et la signature de l’armistice à Rethondes par le gouvernement Pétain. Après quarante-cinq jours de combat, le bilan humain est très lourd pour l’armée française : le chiffre symbolique de 100 000 morts a longtemps été avancé mais le Service historique de la Défense en recense à présent près de 60 000 (sans compter les marins).

Comment se manifeste l’invasion de la France par l’Allemagne en mai-juin 1940 et quelles en sont les conséquences pour les populations civiles ?

Chronologie

10 mai 1940 : la Wehrmacht se rue à l’ouest
12-15 mai 1940 : rupture sur la Meuse
5-10 juin 1940 : batailles de la Somme et de l’Aisne
22 juin 1940 : la France signe l’armistice

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Voir également les dossiers pour les classes de Secondeet de Troisième.

Dossier pédagogique complet sur le film à télécharger sur le site d'UGC Distribution.